Depuis des décennies, le cancer de l’ovaire est souvent dépisté trop tard, alors qu’il s’est déjà propagé. Plusieurs Canadiennes reçoivent leur diagnostic au stade 3 ou 4, lorsque les options de traitement sont limitées. Mais aujourd’hui, un nouveau projet de recherche remet en cause des croyances tenaces, et ouvre la porte à un dépistage plus précoce et plus précis.
La Dre Andrea Neilson est une gynécologue oncologue de Vancouver qui constate aux premières loges les effets dévastateurs du cancer de l’ovaire. « La majorité des patientes que je suis ont reçu leur diagnostic à un stade avancé », explique-t-elle. « À ce jour, tous nos efforts pour trouver des méthodes de dépistage précoce non invasives ont échoué, et nous peinons à faire bouger les choses. »
Dre Andrea Neilson
Une approche innovante : regarder directement à la source
Aux dires de la Dre Neilson, son approche « sort des sentiers battus ».
Elle utilise un hystéroscope, un petit outil permettant d’examiner l’intérieur de l’utérus, pour guider doucement un tout petit tube d’un à deux millimètres de diamètre dans les trompes de Fallope et y recueillir des images à l’aide d’une caméra minuscule, appelée tomographe par cohérence optique.
« La tomographie par cohérence optique consiste essentiellement à émettre un faible faisceau laser à l’extrémité d’un cathéter pour capter l’image qui est renvoyée. Nous reconstruisons ensuite des images tridimensionnelles en faisant tourner le système d’imagerie en le retirant lentement à l’intérieur du cathéter », explique Jeanie Malone, la boursière postdoctorale du BC Cancer Research Institute responsable du développement de la technologie derrière ce projet de recherche.
Cette technique permet à l’équipe de :
- voir la trompe de Fallope sur toute sa longueur;
- détecter des anomalies minuscules avant la formation d’une tumeur; et
- potentiellement dépister un cancer avant sa propagation.
Fait important, cette méthode ne nécessite pas d’incision supplémentaire et est conçue pour réduire la durée de l’intervention, l’inconfort et la convalescence.
L’équipe de la Dre Neilson a déjà procédé à l’imagerie réussie de trompes de Fallope après leur ablation chirurgicale. Aujourd’hui, elle passe à l’étape des tests in vivo (en personne) et raffine soigneusement sa technique pour s’assurer qu’elle est sécuritaire, efficace et confortable pour les patientes.
L’objectif : obtenir des images en temps réel pour confirmer l’absence de cancer ou détecter un cancer précoce, à un moment où une intervention immédiate peut sauver des vies.
Le résultat idéal
« Pour nous, le résultat idéal serait de détecter ces cancers avant qu’ils ne se matérialisent et ainsi sauver la vie de nombreuses femmes », poursuit la Dre Neilson.
Le cancer de l’ovaire séreux de haut grade, le sous-type le plus courant et le plus agressif de la maladie, ne débute généralement pas dans les ovaires. En effet, des percées scientifiques réalisées au cours de la dernière décennie ont révélé qu’il prend plutôt naissance dans les trompes de Fallope. Cette découverte a transformé la façon dont les médecins conçoivent la maladie.
« Cet outil nous permet de nous rendre à l’extrémité des trompes de Fallope, la source de ces cancers de l’ovaire précoces », explique Jeanie Malone. En permettant aux médecins d’évaluer le potentiel de cancer ou de le détecter plus tôt, cet outil pourrait devenir une méthode de dépistage précoce efficace lorsqu’utilisé en combinaison avec des tests génétiques et la médecine personnalisée, qui connaît actuellement des avancées. Ainsi, nous pourrions potentiellement orienter les décisions de traitement pour les femmes ayant une prédisposition héréditaire au cancer de l’ovaire.
Détecter le cancer de l’ovaire avant sa propagation
Dre Andrea Neilson
« La vie des femmes compte. Les patientes avec lesquelles je travaille sont des mères, des épouses, des sœurs et des membres actives de la société. »
En quoi ce projet de recherche est-il différent?
Bien que l’examen de l’utérus à l’aide d’un hystéroscope soit une procédure courante, insérer un cathéter minuscule dans la trompe de Fallope, un organe étroit à la forme unique, nécessite expertise et précision, puisque l’anatomie de chaque femme est unique. Atteindre l’extrémité de la trompe exige un grand savoir-faire technique et le raffinement soigneux de la procédure.
En parallèle, l’équipe de la Dre Neilson explore des techniques d’échantillonnage de fluides pour détecter des cellules génétiquement modifiées. Elle combine l’imagerie à l’analyse de ces cellules.
C’est précisément la combinaison de cette nouvelle compréhension des origines du cancer de l’ovaire et des avancées technologiques qui rend cette percée si différente. Il y a dix ans, plusieurs de ces cancers étaient simplement qualifiés de « cancers de l’ovaire ». Aujourd’hui, nous en savons beaucoup plus sur leurs origines, et cette connaissance transforme ce qui est possible. Les découvertes s’alimentent les unes les autres et créent un élan sans précédent.
Pourquoi le cancer de l’ovaire est-il si difficile à dépister?
Des mutations génétiques peuvent survenir dans les trompes de Fallope bien avant la formation d’une tumeur. Ces cellules anormales peuvent ensuite quitter les trompes avant l’apparition d’une masse détectable. Ainsi, les méthodes de dépistage traditionnelles, telles que les analyses sanguines comme le dosage du CA-125, l’échographie ou la tomodensitométrie, ne permettent souvent pas de détecter la maladie à ses stades les plus précoces. Lorsque les symptômes apparaissent et que le cancer est finalement visible par imagerie, il s’est généralement déjà propagé à la cavité abdominale.
Comme c’est le cas pour la majorité des cancers, le stade auquel le cancer de l’ovaire est dépisté revêt une grande importance. S’il est diagnostiqué au stade 1, alors qu’il n’a pas quitté l’organe dans lequel il a pris naissance, la chirurgie peut suffire. Les taux de survie sont alors plus élevés, la chimiothérapie peut être évitée et le risque de récidive chute drastiquement.
À ce jour, le défi a toujours été de trouver une façon de détecter la maladie avant qu’elle ne se propage.
Qui pourrait bénéficier de cette percée?
Le cancer de l’ovaire est généralement diagnostiqué chez les femmes dans la cinquantaine ou la soixantaine, bien qu’il puisse survenir plus tôt. Certaines femmes sont porteuses de mutations des gènes BRCA, ce qui augmente leur risque de développer le cancer du sein et de l’ovaire. Pour ces femmes, une chirurgie préventive, notamment l’ablation des trompes de Fallope ou des ovaires, peut avoir des implications majeures, dont un impact sur la fertilité.
Un outil de dépistage précoce fiable pourrait leur fournir une information critique, notamment :
- confirmer l’absence d’un cancer;
- orienter l’intervention précoce pour les femmes présentant des changements précancéreux;
- permettre la prise de décisions plus éclairées relatives à la chirurgie; et
- ultimement, augmenter les taux de survie.
Alimenter les percées de la recherche
Pour la première fois en plusieurs décennies, nous pouvons finalement espérer changer la réalité d’un diagnostic de cancer de l’ovaire. Mais le progrès ne va pas de soi.
Après des décennies sans changement réel, les progrès observés aujourd’hui doivent être protégés et accélérés. Votre don nous permet de poursuivre sur cette lancée et de faire des percées scientifiques une réalité.
Votre contribution permet d’accélérer nos efforts en matière de dépistage précoce, pour offrir davantage de temps aux familles canadiennes.
La motivation de la Dre Neilson est simple et indéfectible : « La vie des femmes compte. Les patientes avec lesquelles je travaille sont des mères, des épouses, des sœurs et des membres actives de la société. Elles méritent les meilleurs soins qui soient et ne devraient pas souffrir de maladies dévastatrices comme celle-ci. »
Votre soutien nous permet de poursuivre cette lancée et de nous rapprocher d’un avenir où le cancer de l’ovaire est dépisté plus tôt et traité plus efficacement, et où les femmes ont droit à davantage de temps avec leurs proches.