Le dépistage précoce est l’une des principales priorités de la recherche sur le cancer de l’ovaire pour la communauté.

Nous avons rencontré le Dr Christopher Mueller, scientifique à l’Université Queen’s, et Sydney Shepherd, une étudiante au doctorat qui travaille dans son laboratoire. Ensemble, ils mettent au point mDETECT, une analyse sanguine simple qui repère les changements dans l’ADN pour dépister et suivre le cancer de l’ovaire. 

Dans cette entrevue, ils expliquent leur travail pour développer une analyse sanguine visant à diagnostiquer le cancer de l’ovaire, comment fonctionne cette analyse, à qui elle pourrait être utile, ce qui la rend différente des autres tests, et ils partagent de l’information sur le dépistage précoce de la maladie. 

Est-il possible d’utiliser mDETECT pour repérer les récidives précoces ou pour suivre les patientes après les traitements?

Dr Mueller : « Bien sûr. Nos tests sur le cancer du poumon ont révélé qu’on peut repérer des changements sixmois ou plus avant les tomodensitométries. C’est la même technologie que celle utilisée dans le dépistage précoce d’autres cancers, mais il nous faudra probablement quelques années avant de pouvoir offrir notre analyse au public. » 

Même si elle est encore à l’étape des tests, cette technologie pourrait permettre de détecter les récidives précoces du cancer, comme on le fait déjà pour les cancers du poumon et du sein. 

Comment évaluez-vous le succès de vos recherches, aussi bien en laboratoire que lors des essais cliniques?

Dr Mueller : « Pour que ce projet soit considéré comme un succès, on doit valider nos tests auprès d’une population du monde réel… Dans ce cas, il faut déterminer si les patientes qu’on suit sont réellement atteintes du cancer de l’ovaire, et si on peut les distinguer de patientes qui présentent d’autres symptômes. » 

C’est important de tester l’outil dans le monde réel pour qu’il puisse être utilisé à l’avenir. Mieux l’analyse sera en mesure de distinguer le cancer de l’ovaire d’autres problèmes de santé, plus elle pourra être utilisée à grande échelle. 

Que mesure mDETECT, et en quoi cette analyse est-elle différente du dosage sanguin du CA-125?

Sydney Shepherd : « Notre analyse s’intéresse plus spécifiquement à la méthylation de l’ADN, et recherche de petits indicateurs dans l’ADN qui signalent ou non la présence d’un cancer. On a constaté que notre analyse était beaucoup plus précise que le dosage du CA125. » 

Le dosage sanguin du CA-125 peut être élevé pour plusieurs raisons non liées au cancer, et certaines patientes atteintes du cancer de l’ovaire ont un dosage normal du CA-125. Les modèles de méthylation de l’ADN nous donnent une indication plus claire et plus fiable de la présence d’un cancer. 

L’analyse mDETECT pourrait-elle être utilisée pour dépister le cancer de l’ovaire chez des personnes qui ne présentent aucun symptôme, notamment chez celles qui sont porteuses d’une mutation des gènes BRCA1?

Dr Mueller : « Quand on a conçu cette analyse, on pensait vraiment à cette population [BRCA1], et Sydney peut le confirmer. Elle a consacré beaucoup d’efforts pour garantir que ce test soit suffisamment sensible pour détecter la maladie chez les patientes porteuses d’une mutation des gènes BRCA1 et pour qu’elles puissent en bénéficier. En ce qui concerne la distinction entre diagnostic et dépistage, il est plus facile d’établir un diagnostic dans ce domaine… On entrevoit vraiment la possibilité d’utiliser notre analyse pour les femmes qui subissent des examens médicaux, quelle que soit leur nature. Il va falloir beaucoup de temps avant qu’on puisse l’utiliser comme outil de dépistage général, mais je pense que ça serait possible dans ce contexte… 

Cette analyse a été conçue pour des personnes qui courent un risque plus élevé de cancer de l’ovaire en raison de leurs antécédents familiaux. Un jour, elle pourrait permettre aux médecins de faire passer des tests plus rapidement à ces personnes, mais il faut d’abord recueillir plus d’éléments de preuve. 

Combien coûtera l’analyse mDETECT lorsqu’elle sera disponible?

Dr Mueller : « On s’attend à ce qu’une analyse de ce type coûte quelques centaines de dollars, ce qui ne représente pas un fardeau important pour le système de soins de santé. Aux États-Unis, de nombreuses analyses de ce genre sont effectuées au coût de plusieurs milliers de dollars. » 

L’abordabilité est un objectif essentiel pour que l’analyse puisse être adoptée par le système de santé canadien. 

Comment les patientes partenaires contribuent-elles à cette recherche?

Sydney Shepherd : « Nous avons la chance de travailler avec plusieurs patientes partenaires, en particulier avec les membres d’un groupe de soutien de Kingston appelé Ovation Circle. J’ai eu l’occasion de discuter avec plusieurs femmes de ce groupe qui m’ont parlé de leur expérience vécue du cancer de l’ovaire. En partageant leur expérience et leurs priorités, elles ont influencé notre travail et nous ont aidés à orienter notre recherche. Une des choses importantes qu’elles nous ont confiées, c’est qu’elles ont éprouvé des symptômes jusqu’à un an avant de recevoir un diagnostic. Ces symptômes ont été négligés, ce qui a entraîné un retard important dans l’établissement du diagnostic. Ça a vraiment contribué à orienter notre étude actuelle et nos projets à venir pour utiliser cette analyse dès l’apparition de ces premiers symptômes. » 

Cette collaboration axée sur les patientes fait en sorte que l’analyse réponde à des besoins réels, en particulier celui de repérer les symptômes à un stade plus précoce. 

Dr Mueller : « Nous accordons une grande attention à la conception de nos études pour que les femmes aient envie d’y participer. » 

NOUS VOUS PRÉSENTONS LIANE

Liane est une patiente partenaire de Kingston, qui travaille avec Sydney et le Dr Mueller pour orienter cette recherche en partageant son point de vue de femme atteinte du cancer de l’ovaire. 

Sydney, qu’est-ce qui vous a incitée à faire des recherches sur le cancer de l’ovaire en tant que stagiaire?

Sydney Shepherd : « J’ai toujours eu un intérêt pour la recherche sur le cancer. Je me sens très privilégiée de participer à ce projet parce que c’est une maladie féminine qui a été sous-financée et négligée par les chercheurs. Le taux de survie ne s’est pas beaucoup amélioré au cours des 60 dernières années, alors je suis heureuse d’avoir l’opportunité de contribuer, ne serait-ce qu’un peu, à changer la donne. Je suis particulièrement emballée de pouvoir faire passer ce projet du laboratoire au milieu clinique pour l’offrir à des femmes réelles. » 

En quoi l’analyse mDETECT est-elle différente des autres biopsies liquides?

Dr Mueller : « La plupart d’entre elles sont basées sur des mutations. Quand un cancer se forme, il se produit des changements spécifiques dans l’ADN, et dans plusieurs cas, ce sont ces mutations qui permettent à la tumeur de se développer… Il se produit aussi d’autres changements qui ne modifient pas la séquence de l’ADN. Le réel avantage de travailler avec l’épigénétique et la méthylation de l’ADN, c’est que c’est beaucoup plus fréquent. On peut donc concevoir une analyse qui est en fait 10 fois plus sensible. Dans certains cas, les essais basés sur des mutations nécessitent un échantillon de tumeur afin de concevoir un test spécifique à ce cancer… Notre analyse se penche plutôt sur un grand nombre de modifications de l’ADN d’une cellule, ce qui lui permet d’obtenir des résultats extrêmement détaillés et précis. Un des avantages d’une analyse comme la nôtre, même comme outil de dépistage, c’est qu’elle produit très peu de résultats positifs pour les personnes qui ne sont pas atteintes d’un cancer, ce qui nous permet de l’utiliser en toute confiance. » 

L’analyse mDETECT recherche de minuscules changements dans l’ADN plutôt que des mutations, et c’est pourquoi elle peut repérer des signes de cancer à un stade plus précoce et avec plus d’exactitude. 

L’analyse mDETECT fonctionnera-t-elle pour tous les types de cancer de l’ovaire?

Sydney Shepherd : « Au départ, on se concentrait sur le cancer de l’ovaire séreux de haut grade. Mais d’un point de vue bio-informatique, nos résultats sont extrêmement prometteurs; on peut non seulement dépister le cancer de l’ovaire séreux de haut grade, mais aussi des sous-types rares. » 

De prochains tests permettront de confirmer si l’analyse mDETECT peut être utilisée pour des sous-types rares de cancer de l’ovaire. 

L’analyse peut-elle dépister le cancer de l’ovaire à ses stades précoces (stade I–II)?

Sydney Shepherd : « On a fait des tests sur des échantillons de cancer à des stades plus précoces et on a obtenu de bons résultats. On espère étudier des cancers à des stades plus précoces dans le cadre de ce projet. » 

Le dépistage précoce du cancer de l’ovaire est très important, et notre équipe a besoin de plus d’échantillons de la maladie à un stade précoce pour améliorer notre analyse sanguine. 

Comment les patientes sont-elles choisies pour participer à cet essai clinique?

Dr Mueller : « Notre objectif est de les recruter quand elles viennent consulter un gynécologue oncologue en raison de résultats d’examens suspects. La prochaine étape sera d’étudier des femmes plus tôt dans le processus, mais ça nécessitera des milliers de patientes. » 

La recherche actuelle se penche sur des femmes présentant des symptômes susceptibles de révéler un cancer de l’ovaire. Des études visant un dépistage à plus grande échelle seront effectuées plus tard. 

Quelles étapes doivent être franchies avant que l’analyse mDETECT soit disponible en milieu clinique?

Dr Mueller : « La prochaine étape, c’est de recruter plus de patientes. Idéalement, on aurait besoin de quelques centaines de patientes de plus pour demander à Santé Canada de lancer le processus d’approbation. » 

Des études plus vastes impliquant plusieurs centres favoriseront l’approbation par les organismes de réglementation et l’adoption clinique à l’avenir. 

Dernières réflexions des chercheurs

Dr Mueller :
« Ça peut être frustrant quand la recherche n’avance pas rapidement… Mais, maintenant qu’on a atteint cette étape, on peut espérer. On est vraiment déterminés à commercialiser cette analyse. » 

Sydney Shepherd :
« Ce qu’on voit jusqu’à maintenant est très prometteur. On a très hâte de voir les résultats de cet essai clinique. » 

Dr  Christopher Mueller

Titulaire d’un doctorat de l’Université McGill, le Dr Mueller a passé sa carrière à étudier le fonctionnement du cancer et la façon dont le stress affecte le gène BRCA1, ainsi qu’à développer des analyses sanguines pour dépister le cancer à un stade plus précoce. Ses travaux à l’Institut Curie de Paris sont à l’origine de la conception de ce qui est aujourd’hui l’analyse sanguine mDETECT. 

Sydney Shepherd

Sydney Shepherd est une étudiante au doctorat à l’@Université Queen’s qui contribue à susciter des progrès en matière de dépistage précoce du cancer de l’ovaire dans le cadre du projet mDETECT. 

Après s’être spécialisée dans la recherche sur le cancer, elle effectue actuellement sa recherche doctorale au Laboratoire Mueller de l’Institut de recherche sur le cancer Sinclair, où elle se concentre sur l’optimisation et la validation de l’analyse sanguine mDETECT. Cet outil prometteur est conçu pour améliorer le dépistage et le suivi du cancer de l’ovaire. 

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